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catalogue de marcel katuchevski

Huguette Machado Rico


Marcel Katuchevski

Catalogue d'exposition , 16 pages en couleur,
15 reproductions, couverture souple, présentation par Ruwen Ogien.
ISBN : 2-35237-003-5
Prix : 8 €

 

Petit catalogue édité à l'occasion de l'exposition des oeuvres de Marcel Katuchevski au musée de la Halle Saint Pierre (Paris) en février 2006

Huguette Machado Rico - Iconofolio, édition d'art

En regardant les ombres blanches de Marcel Katuchevski

De toutes les images fantastiques sorties de l’esprit incroyablement fertile de Marcel Katuchevski, celles qui m’intriguent le plus, je ne sais évidemment pas pourquoi, ce sont les ombres blanches.
Avec leur pompe habituelle, les philosophes professionnels diront probablement qu’elles sont projetées sur les parois sombres d’une caverne intérieure, en hommage volontaire ou involontaire à Platon.
Ceux qui ont l’esprit un peu moins envahi de références érudites, penseront plus simplement et directement à des drôles de corps ou à des âmes étranges. Des fantômes ? Des mutants asexués ? Des revenants ? Des fœtus ? Des clones ? Des morts-vivants ? Des rescapés ? Des mutilés ? Des âmes mortes ? Comment savoir ? Que faut-il voir ?
Il faudrait peut-être considérer chacune de ces ombres blanches comme un « trompe-l’œil » du genre « canard-lapin », la célèbre figure redessinée par Wittgenstein, celle qu’on peut voir sous deux aspects, comme si c’était un canard ou comme si c’était un lapin.
On pourrait voir ces ombres blanches comme si c’était des mutants ou comme si c’était des revenants, comme si c’était des êtres mutilés ou comme si c’était des êtres inachevés et ainsi de suite.
On pourrait aussi les percevoir tout autrement en les considérant seulement sous leur aspect graphique. On les verrait alors ou bien comme si c’était des ébauches, des formes embryonnaires à compléter, ou bien comme si c’était des images achevées, vers lesquelles leur auteur se serait retourné dans une sorte de fureur iconoclaste, et qu’il aurait raturées, gommées, effacées, lacérées, couvertes de tâches, de commentaires, de graffitis, de griffonnages fébriles.
                                            
                                              *
Certaines œuvres de Marcel Katuchevski échappent, en apparence, aux attentats graphiques. Une ou plusieurs figures centrales se détachent sur un fond clair. Mais quand on les regarde plus attentivement, on s’aperçoit qu’il y a, en elles aussi, une sorte de mouvement autodestructeur. Les formes sont molles et donnent l’impression de s’effondrer. Dans les compositions qui évoquent le visage humain, ce qu’on voit surtout, ce sont des tumeurs, prothèses, protubérances, affaissements, glissements, distorsions, excroissances qui jaillissent de tous les orifices de la face, dans des explosions d’invention graphique extraordinaires.
Si ces formes étaient figuratives, elles représenteraient des êtres d’un genre nouveau dont le corps en fusion permanente et la face en expansion constante ne pourraient plus garantir l’identité.
On pourrait penser que toutes les compositions de Marcel Katuchevski évoquent, sans pathos inutile, avec une touche d’ironie qui la rend presque désirable, cette possibilité étrange.

Ruwen Ogien

 

Huguette Machado Rico - Iconofolio, édition d'art

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